• Chapitre II : Aratana kyōi

    Après un sommeil agité, dans lequel Saori voyait différentes versions d’un même cauchemar qui la taraude depuis quelques semaines, la déesse se réveilla le front poissé de sueur. Les yeux écarquillés, une main sur sa bouche grande ouverte, l’autre sous son sein, au niveau du cœur, elle essayait de reprendre son souffle. Après quelques minutes, ses respirations se firent plus distantes. D’un geste rapide elle se leva de son lit, sur lequel elle s’était endormie la veille. Elle traversa sa chambre et s’engagea dans le couloir sombre et silencieux, tentant au mieux d’éloigner les horribles images qui résidaient dans son esprit.

    « Il est réveillé, il est là, il n’y a plus rien à redouter. », se répétait-elle en boucle dans sa tête. Elle se glissa dans la cuisine et attrapa un verre dans un placard. Une fois rempli, elle le portait à ses lèvres. Elle inclinait sa nuque, faisait ainsi couler le liquide vital dans sa bouche, quand brusquement le visage crispé de douleur de Seiya s’imposa sur ses rétines. Voir le corps du châtain se tordre de douleur et s’immobiliser la seconde suivante pour toujours ; rentrer dans la chambre du Chevalier Pégase et entendre ce long son strident qui sonne comme un glas, un cruel « 0 » pour seul affichage de rythme cardiaque sur le moniteur ; Seiya lâchant son dernier souffle sans qu’elle ne soit là pour lui dire adieu ; son ami mourant avant qu’elle n’ait pu lui révéler ses sentiments. Et soudain, un immense sentiment de solitude parcourant le corps de Saori, comme dans ses pires songes, la fit tressaillir. Elle en lâcha son verre, qui vint se briser à ses pieds, oubliant d’avaler. L’eau coula sur ses orteils froids, le liquide se rependant entre les débris de verre.

    Elle trembla sans pouvoir se contrôler, sentant les larmes couler sur ses joues. Tourmentée, elle faillit s’écrouler au sol, dans le verre mais se rattrapa de justesse au marbre du plan de travail. Le souffle court elle tentait de reprendre ses esprits. « Il est vivant, il s’est réveillé. Tout va bien. ». Il fallu une dizaine de minute à la déesse pour stopper les pensées morbides qui la hantaient et contrôler les battements de son cœur.

    Son sang froid récupéré, elle s’écarta des restes du verre et chercha un balai pour nettoyer. Elle épongea l’eau puis se servit un nouveau verre, qu’elle bu d’une rasade. Elle s’écarta, entra dans le séjour baigné de lumière – « Tiens, il fait jour ? » – et s’affaissa dans le canapé clair. Elle soupira profondément.

    Après quelques minutes où elle n’émit aucun son, Saori se leva et parcourra sa grande demeure. Elle poussa une porte qui donnait sur la salle de bain dans laquelle elle fît couler l’eau dans la baignoire avant de se dévêtir. De la buée se forma rapidement sur le miroir de la chambre. Quand le bain fut prêt elle se glissa dans l’eau chaude et relaxante.

    Ses pensées vagabondèrent vers Seiya… elle pensait au temps qu’il devrait passer à l’hôpital… un an et demi. « Je serai là tout au long de cette année… il ne sera jamais seul. ».



    Au même instant, à l’hôpital, Seiya se réveilla en sursaut, son corps musclé recouvert de sueur. Son cœur s’emballa, et le moniteur avec. Il serrait fort ses poings, tentant de se calmer. Ce qu’il venait de rêver – ou cauchemarder –, l’avait empli d’une certaine frayeur : voir Saori mourir. Pas après sa révélation de la veille. Son cœur le tiraillait encore trop pour qu’elle ne meure avant qu’il ait pu répondre de manière positive ou négative face à cette déclaration. Et puis il ne voulait pas qu’elle meure tout court.

    A bien y réfléchir, Saori l’avait peut-être prit au dépourvu hier quand elle l’avait embrassé – à cette pensée, ses joues s’empourprèrent et il ne pu réprimer un sourire – mais il savait depuis longtemps comme il la considérait. Enfin, il en était pratiquement certains. Derrière la déesse il voyait la vraie personne qu’elle était. Derrière cette puissance, et ce cosmo impressionnant, il voyait la fille qui le rendait heureux. Pourquoi n’avait-il pas réagi hier ? Sortir du sommeil l’avait profondément marqué, et peut-être cela expliquait-il son manque de réaction.

    Il fallait qu’il répare cela. Mais il ne pouvait pas bouger d’ici, ordre du médecin. Les séances de rééducation, psychothérapie, psychomotricité et de kinésithérapie commenceront demain, et elles dureront un long moment. « Plus d’un an, si j’ai bien compris. Rester ici pendant un an… J’espère qu’elle viendra me voir souvent… Je crois que… que...

    Je l’aime. »



    Quelques semaines après le début des rééducations de Seiya, Hyôga partit en Sibérie s’entrainer sans relâche afin d’améliorer ses attaques. Il aidait les villageois aux tâches quotidiennes telles que la chasse, la pêche et coupage des bûches. Il habitait la maison qu’occupait avant lui son maître. Il passait régulièrement à l’endroit où avait coulé le bateau, qui contenait le corps de mère où dorénavant il ne pourrait plonger pour aller lui déposer une rose comme il le faisait avant. C’était une vie assez simple mais à la fois belle et triste. 

    Malheureusement, jamais il ne se serait douté de la tournure que prendrait les événements.



    Quant à Shiryu il partit peu après le Chevalier du Cygne en direction de la Vallée de Rosan où Shunrei l’attendait. Il remplaça le Chevalier De La Balance pour veiller sur les Cinq Pics et sur son armure afin de trouver un disciple capable de porter l’amure d’or.

    Le couple avait tout pour être heureux, mais quelque chose tracassait Shiryu depuis son départ du Japon mais il ignorait la cause de ses tourments.

    Malgré l’évidence que cela avait pour Shun, il dû insister lourdement pour que son grand frère reste au Japon afin de partager quelques moment entre frères ainsi que pour veiller sûr Athéna. Une pierre deux sushis, comme dit le dicton !



    Bien loin de la Terre sur le Mont Olympe, Artémis, déesse de la Chasse et de la Lune, en compagnie d’Aphrodite, déesse de l’Amour et de la Sexualité, observaient les moindres faits et gestes de la déesse Athéna qui aidait le Chevalier Pégase à manger dans sa chambre d’hôpital.

    - On dirait bien qu’Athéna est tombée amoureuse de ce… misérable humain, cracha Artémis. Elle m’insupporte ! Pourquoi elle ? Pourquoi tout fonctionne pour elle ?

    - Que veux-tu, c’est elle. Il n’y a pas plus de raison que celle-ci, deary. Elle m’agace.

    - J’ai envie de lui tordre son joli cou, qu’elle serait beaucoup moins belle pour le coup !

    - Je serais ravie de t’aider, répondit Aphrodite.

    Un silence suivit cette remarque. Puis Aphrodite reprit :

    - Mais bien sûr… qu’en dis-tu ? Et si nous lui… tordions le cou ?

    Elle partit d’un rire qui fit trembler la petite bulle de brouillard qui leur permettait de voir Athéna. Les yeux d’Artémis s’allumèrent d’une étincelle vorace et referma instinctivement sa main sur son accoudoir, comme si elle attrapait son arc pour chasser sa proie.

    - Te moquerais-tu de moi, Déesse ?

    - Non, susurra Aphrodite, je suis on ne peut plus sérieuse, deary.

    Le visage d’Artémis s’illumina d’un vaste sourire sombre, tandis que celui d’Aphrodite se plongeait dans de noir dessein. Son cerveau bouillonnait tandis que sa compagne jubilait sur place.

    - Quand y allons-nous ? demanda Artémis d’une voix blanche, pensant à ce qu’elle préparait à son ennemi.

    - Pas de précipitation, deary. Soyons stratégique. Et puis tu connais le dicton : Patience vaut mieux…

    - Je me fiche des dictons, Déesse. Mène moi au combat. Si j’étais forte en stratégie je serais cette punaise. Or je suis douée pour la Chasse, et quand j’ai repéré ma proie, elle ne s’échappe pas.

    - Alors je serai une Athéna de substitution pour toi. Nous serons prêtes à agir dans quelques temps mais d’abord envoyons quelques uns de nos protégés sur place. Pour voir quelles sont leurs capacités. Qu’en dis-tu, deary ? proposa Aphrodite.

    - Très bien. J’ai ce qu’il nous faut. Une de mes nouvelles recrues dotée d’une rare puissance et une d’une envie de sang peu commune. Le Hope Eater.

    - Huuum, je vois qui il est et effectivement c’est un bon choix, deary.

    - Et toi, qui comptes-tu envoyer ?

    - Mon petit Heart Thief fera parfaitement l’affaire.

    Les Déesses se levèrent et unirent leurs mains.

    - Maintenant ? demanda Artémis.

    - Maintenant, deary. Je déclare cette représentation ouverte.

    Elles prononcèrent une invocation en grec ancien et l’air se refroidit immédiatement. Un sifflement strident déchira la mélopée entrainante de leur voix. Un geyser rose sortit du sol, projetant des gerbes de liquide coloré partout autour. Un vent venu du ciel souffla fort.

    Quelques secondes passèrent avant qu’une immense silhouette se détache de ce tourbillon d’air. A côté, une jambe sortit de la colonne rosée. Les deux nouveaux venus se présentèrent devant leur invocateur respectif.

    - Hope Eater, murmura Artémis satisfaite.

    Un colosse de deux mètres de haut s’inclina. De la mousse poussait sur son corps, dans son dos une énorme hallebarde, des écorces d’arbres sur ses bras, une ceinture cachant des dizaines de lames. Il fit vibrer toute la structure autour d’eux, d’immense colonne grecque, quand il prit la parole :

    - Maîtresse, que dois-je faire pour servir à vos desseins ?

    - Patience, mon jeun ami, patience.

    Il se renfrogna, et recula doucement en inclinant la tête.

    - Heart Thief, déclara Aphrodite en caressant le visage de son invocation. Tu m’avais manqué, deary.

    Heart Thief s’avança, ce qui fit s’entrechoquer ses multiples lames, aiguisées et prêtes à l’emploi. Pas très haute, mais fine et élégante, l’invocation salua sa Déesse.

    - Que puis-je pour vous, ma Déesse ?

    Sa voix fluette se perdit entre les respirations de Hope Eater.

    - Vous devrez trouver plusieurs personnes. Approchez-vous et mémorisez vos victimes, dit Aphrodite en faisant un large mouvement de la main, désignant la bulle de brouillard. Vous irez les trouver et les affronterez. Ils seront bientôt réunis, attendez le bon moment pour frapper. Prenez les au dépourvu et testez leur force. Compris ?

    - Oui, ma Déesse.

    - Tels sont vos désirs, Maîtresse ? demanda Hope Eater.

    - Tels sont-ils.

    - Bien.

    Ils fermèrent les yeux quelques secondes avant de disparaître, comme aspirés par la Terre. Puis tout redevint calme.



    - Plus d’eau, Seiya ? demanda Saori.

    - Oui, un peu s’il-te-plaît, répondit l’intéressé en tendant son verre.

    Elle le prit et alla dans la petite salle de bain de sa chambre. Elle revint après pour l’aider à boire. Il avala doucement, sa pomme d’Adam roulait dans sa gorge. Une goutte coula à la commissure de ses lèvres. Saori posa le verre sur la petite tablette au dessus du lit de Seiya et essuya l’eau qui s’était échappée. Elle garda son pouce au coin de ses lèvres quelques secondes, avant d’enlever sa main, gênée de ce contact. Ses joues s’empourprèrent et elle se tourna pour pas que le Chevalier ne puisse le voir. Seiya porta son regard sur la chevelure de Saori, et sourit. Lui aussi avait les joues en feu.

    - Merci, dit celui-ci.

    - De… de rien, répondit-elle.

    Elle alla à la fenêtre et ferma les rideaux, il se faisait tard. Mais elle savait que la seule chose qu’elle faisait c’était gagner du temps. Du temps pour que le feu de ses joues disparaisse. Mais elle n’arrivait pas à se calmer. Durant cette année et demi, elle passa tout son temps avec Seiya, à l’aider. L’aider à avancer, rendre sa rééducation plus légère. L’aider à ne pas déprimer. L’aider à comprendre le nouveau monde qui s’ouvrait à lui, elle se souvenait de la panique qu’il avait eu à découvrir un téléphone portable sur sa table de chevet. L’aider à être aussi. Mais elle s’aidait elle, surtout, tout en souffrant toujours un peu plus. Elle pouvait passer beaucoup de temps avec Seiya, mais elle souffrait de ne pouvoir lui avouer ses sentiments. Cela la dévorait.

    Seiya regarda Saori faire le tour de son lit et fermer les rideaux. Il adorait l’avoir à ses côtés. Depuis un an et demi elle l’aidait chaque jour à avancer, sans elle il n’en serait pas là aujourd’hui. C’était certain. Elle l’avait soutenu, elle lui avait apprit à connaître ce nouveau monde de technologie. Elle lui apportait chaque jour de la force, de la joie et l’envie d’avancer. Mais depuis tout ce temps, il n’avait réussi à lui parler de ses sentiments. Rien, il avait peur, lui le Chevalier de Pégase. Il ne comprenait pas ce sentiment, c’est ça qu’on appelle l’amour ?

    Une énorme explosion retentit, tirant le Chevalier de ses rêveries. Saori traversa la pièce, et un vent de tous les diables s’engouffra dans la chambre. Tellement fort que le lit de Seiya fut décalé par le souffle. Saori percuta le mur si fort qu’elle s’effondra de tout son long. Seiya réagit à l’instinct et descendit du lit pour la rejoindre. Quand il l’eu atteinte quelque chose lui attrapa le pied et le fit voltiger à travers la pièce. Il se rattrapa de justesse au reste du sol de sa chambre. Il était à deux doigts de tomber dans le vide. La scène aurait était comique, lui en robe d’hôpital, nu en dessous, si sa vie n’était pas menacée.

    Soudain, il ne pensa plus à lui, mais à Saori et il hurla sans se retenir :

    - Saori !

    Seul un cri effroyable lui répondit et du sang vola partout dans la chambre.



    Délire :

    Seiya rougissant, gêné : Pourquoi je porte encore cette robe ?

    Melody : Parce que … le Japon !

    Seiya : Maiiiiiiiiiiis !

    Saori : Ne te plaint pas, ce n’est pas toi qui a ce monstre baveux au dessus de toi !

    Seiya : La grande Déesse a peur ?

    Saori : Chut, il est moche. Je n’aime pas les moches.

    Seiya : Très bien j’arrive ma Déesse !

    Melody chuchotant : Je ne me sens pas du tout exclue de cette conversation…

     


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